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POEME DE LA SEMAINE DU 19 JUILLET 2010: ENTRE L’ENFER ET LE PURGATOIRE DU DIGNE HEFFIZE
19 juillet, 2010, 11:37
Classé dans : TEXTES CHOISIS

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Année mil neuf quatre vingt quatorze,

Au Rwanda, un avion péta dans le ciel morose

Ce fut le fameux soir du mercredi six avril.

Tiré à quatre épingles, un homme beau, viril

Se retrouva devant la superbe cour divine.

Il avait une allure absolument libertine

A telle enseigne que tout le monde s’étonna.

Il se présenta : « Sieur Juvénal Habyarimana »

Le Juge Divin s’étonna : « Voilà un grand homme

Qui vient de concrétiser son ultime somme.

Mais il doit savoir qu’ici, nécessairement

Toutes les âmes sont reçues, sans vêtement. »

Confondu, l’étranger enleva sa belle veste

Et tout l’artifice qui le décorait, du reste.

Avec parcimonie, le Juge Divin lui demanda :

« Qu’as-tu fais de ton héroïque pays, le Rwanda ?

- Imana[1], répondit-il, j’ai préparé un génocide

Pour une épuration raciale et fratricide ;

Je regrette de n’être qu’à la planification

Lorsque intervint ma triste élimination.

- Bravo ! s’exclama le Juge Divin, tu es un brave ;

Tu diras le jugement toi-même, sans entrave.

Mais ce sera à la fin de tous les événements ;

Pour l’instant, passe de somptueux moments »

Il fut alors installé dans une salle ronde

Où le Juge Divin lui fit une offre profonde :

Un cadre modèle avec une seule télévision

Qui fonctionna sans aucune manipulation.

Aussitôt, des images de la mort défilèrent

Avec des couleurs vives et des voix amères.

Les massacres et les viols les plus odieux ;

Les vols et les tueries les plus audacieux ;

Les bavures et les crimes les plus iniques ;

Les assassinats les plus machiavéliques

Assouvirent les yeux et le cœur de Juvénal

Qui était très ravi du spectacle infernal.

Couteaux, machettes, fusils, obus, grenades,

Gourdins… faisaient aubades et sérénades

Chez les pauvres Tutsi et les Hutu modérés.

Le brave Juvénal ne fut ni ennuyé, ni sidéré

Les toutes premières heures. Au contraire

Chaque atrocité achevait de le distraire.

Il voulut se reposer après quelques jours

Mais images et sons s’exhibaient toujours.

La divine télévision refusa de s’éteindre ;

Le sommeil, complice, refusa de l’atteindre.

Tous les jours du grand génocide, il veilla.

Et après chaque jour, moins il s’émerveilla.

Le Juge Divin lui avoua à la fin du génocide :

« Mon fils, je t’aime. Je te sais très intrépide ;

Entre Enfer et Purgatoire, opère ton choix »

Juvénal préféra le second, sans aucun émoi

Car ce choix le hissera au paradis céleste.

La route de l’Enfer était courte et modeste

Tandis que celle du beau Purgatoire était

Longue et enrichie d’un spectacle parfait.

Toutes les victimes assiégèrent la route

Pour, le grand président, mettre en déroute.

Mètre par mètre, il avançait, péniblement,

Echappant aux embûches, miraculeusement.

Le péril dura une éternité dithyrambique

Puis, au moment où il parvint, très héroïque

Mais très fatigué, à tromper tous les morts,

La voie s’allongea et le rang se refit alors.

Juvénal devra encore sa corvée reprendre ;

Passer ; passer sans se laisser surprendre

Alors que ses réflexes n’obéissaient plus.

Il reconsidéra ce panorama qui lui déplut

Et se mit à crier, à pleurer à chaudes larmes.

Alea jacta est ! Il était inutile ce vacarme.

A quelques vingt mètres seulement, l’Enfer

Et sa porte béante, son chemin court et fier

L’obligèrent à penser à autre possibilité :

« Et si je choisissais la voie de la facilité ? »

 

Le DIGNE HEFFIZE

 


 

[1] Dieu, en langue rwandaise


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